Bébé
Bébé

Les colères du tout-petit : traverser le « terrible two » sans dramatiser

Le tout-petit qui se jette au sol au supermarché n'est ni un tyran ni un enfant mal élevé : c'est un cerveau encore en plein chantier. Ce que disent les repères publics sur ces fameuses colères — et ce qu'on peut, sans culpabiliser, arrêter d'attendre de soi.

Portrait illustré de Sarah Vidal

Sarah Vidal

23 juin 2026 6 min de lecture

Tout-petit en pleine colère, capté dans un moment de vie, lumière chaude et naturelle

Caisse du supermarché, 18 h 40. Vous venez de dire non à un paquet de bonbons, et le monde s'est effondré. Votre enfant de deux ans est maintenant allongé sur le carrelage, dos cambré, en train de hurler comme si on lui retirait quelque chose de vital. Derrière vous, la file s'allonge. Quelqu'un soupire. Et vous, debout au milieu de la tempête, vous oscillez entre l'envie de disparaître et celle de céder pour que ça s'arrête.

Si la scène vous parle, sachez d'abord une chose : vous êtes en très nombreuse compagnie, et votre enfant ne fait rien d'anormal. Ces grosses colères — ce que beaucoup appellent le « terrible two » — sont une étape banale et attendue du développement. Elles ne disent ni que votre enfant est mal élevé, ni que vous vous y prenez mal. Elles disent surtout qu'il grandit.

« Non », et encore « non » : ce qui se joue vraiment

Vers dix-huit mois, quelque chose bascule. L'enfant qui se laissait porter découvre qu'il est une personne à part entière, avec ses envies, ses refus, son territoire. Le « non » devient son mot préféré — non parce qu'il cherche à vous embêter ou à vous manipuler, mais parce qu'il teste cette toute nouvelle sensation : décider. À cet âge, la plupart des enfants s'opposent, et c'est précisément leur façon de s'affirmer. L'opposition n'est pas une panne de l'éducation. C'est un signe que la construction est en cours.

À cela s'ajoute un décalage cruel : à deux ans, on veut tout, tout de suite, et bien plus qu'on ne sait dire ou faire. Vouloir mettre ses chaussures seul sans y arriver, réclamer un objet sans avoir les mots pour le nommer, comprendre une consigne sans pouvoir attendre… Cet écart entre l'envie et la capacité est une source de frustration permanente. La colère, souvent, n'est que le trop-plein qui déborde quand les mots manquent.

Un cerveau encore en plein chantier

Voici le repère sans doute le plus apaisant de tout ce sujet. Quand on demande à un tout-petit en pleine crise de « se calmer », on lui demande quelque chose qu'il n'est pas encore équipé pour faire. Les zones du cerveau qui permettent de contrôler ses impulsions et d'apaiser ses émotions sont encore immatures à cet âge — et continueront de mûrir pendant des années. Son cerveau émotionnel a pris les commandes, et la partie qui pourrait freiner n'est tout simplement pas encore au point. Ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est de la biologie en construction.

Un tout-petit en colère ne nous teste pas. Il traverse une tempête trop grande pour lui — et il a surtout besoin de sentir qu'un adulte tient bon sur le rivage.

Pendant la tempête : tenir le cap, plus que raisonner

Au cœur d'une grosse colère, les grandes explications glissent sur l'enfant sans l'atteindre : il n'est, à cet instant, pas en état de les entendre. Le programme public des 1000 premiers jours suggère plutôt de commencer par soi — respirer, baisser d'un ton, retrouver son propre calme — avant d'essayer quoi que ce soit. Un parent posé est, pour l'enfant débordé, le point fixe auquel se raccrocher. Plus facile à lire qu'à vivre un mardi soir de fatigue, on en convient.

Quelques repères, portés par les ressources publiques, peuvent aider à traverser le moment — à piocher, jamais à appliquer à la lettre :

  • Se calmer soi-même d'abord : votre voix qui redescend fait souvent plus que n'importe quel mot.
  • Mettre des mots sur ce qu'il ressent — « tu es très en colère parce que je t'ai dit non » — sans pour autant céder à la demande de départ.
  • Proposer un câlin ou une présence rassurante plutôt que de le gronder ou de le laisser se calmer tout seul dans son coin.
  • Veiller à la sécurité : un enfant qui se jette en arrière ou se cogne a surtout besoin qu'on protège son corps pendant l'orage.
  • Accepter que ça prenne le temps que ça prend : on ne raisonne pas une vague, on attend qu'elle retombe.

Et une fois la tempête passée, quand le calme est revenu, on peut revenir doucement sur ce qui l'a déclenchée, à hauteur d'enfant. C'est aussi en amont que beaucoup de crises se désamorcent : un tout-petit fatigué ou affamé a une mèche bien plus courte. Anticiper la sieste, le goûter, prévenir avant de quitter le parc — autant de petits riens qui évitent quelques tempêtes, sans jamais toutes les supprimer.

Poser un cadre n'a rien de dur

On craint parfois qu'en accueillant l'émotion, on laisse tout passer. C'est l'inverse. Un cadre clair et constant — les limites qui ne bougent pas d'un jour à l'autre — est profondément sécurisant pour un tout-petit : il sait à quoi s'attendre, et c'est rassurant. Accueillir la colère et tenir la limite ne s'opposent pas : « je comprends que tu sois furieux, et c'est non quand même » résume assez bien l'équilibre. Côté manière de poser ce cadre, la loi a tranché : depuis le 10 juillet 2019, le Code civil précise que l'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ni psychologiques. Les fessées, les paroles qui rabaissent, les menaces n'aident pas l'enfant à se réguler — au contraire, les sources de santé publique rappellent qu'elles perturbent son développement.

Ce que ces colères ne disent pas de vous

Il y a, dans le regard des autres au supermarché, une petite musique tenace : si l'enfant crie, c'est que le parent a raté quelque chose. C'est faux, et ça vaut la peine de le redire. Ces colères apparaissent souvent vers dix-huit mois, culminent autour de deux-trois ans, puis s'espacent peu à peu en grandissant — sans calendrier fixe, chaque enfant à son rythme. Elles ne sont pas la note d'un examen parental. Elles sont une saison à traverser, qui passe.

Et puisqu'on parle beaucoup de l'enfant : vos propres nerfs comptent aussi. Garder son calme face à un petit volcan, plusieurs fois par jour, est épuisant, et il est normal de craquer parfois. Souffler, passer le relais à l'autre parent quand c'est possible, sortir trente secondes respirer dans la pièce d'à côté : ce ne sont pas des renoncements, ce sont des façons de tenir. On accompagne mieux une tempête quand on n'est pas, soi-même, à bout.

Portrait illustré de Sarah Vidal

L'auteur

Sarah Vidal

Écrit avec soin pour Ma Parentalité, le média de la parentalité d'aujourd'hui — sans injonction, à votre rythme.

À lire aussi

Tout voir
La newsletter du dimanche

Un café, un mail, et un peu plus de sérénité

Chaque dimanche matin, une lecture choisie, un conseil d'expert et une respiration. Rien de plus.

Pas de spam, promis — on a nous-mêmes trop d'onglets ouverts.