Bébé
Bébé

Ces pleurs qu'on n'arrive pas à consoler : ce qui se passe vers six semaines

Vingt-deux heures, le bébé a été nourri, changé, bercé — et il pleure toujours. Il existe une courbe dont on parle peu : chez beaucoup de nourrissons, les pleurs montent jusque vers six semaines, puis redescendent d'eux-mêmes. Ce que disent le programme des 1000 premiers jours, l'Assurance Maladie et la Société française de pédiatrie — et ce document, recommandé par la Haute Autorité de santé, que la moitié des mères interrogées disent n'avoir jamais reçu.

Portrait illustré de Sarah Vidal

Sarah Vidal

27 juillet 2026 8 min de lecture

Nouveau-né blotti dans les bras d'un parent assis, lumière chaude et tamisée de fin de journée

Il est vingt-deux heures. Le bébé a été nourri, changé, bercé, promené dans le couloir, reposé, repris. Il pleure toujours. Pas des petits pleurs d'appel : des pleurs pleins, tendus, qui ne s'arrêtent pas quand on refait ce qui marchait hier.

Et à un moment, la phrase arrive — celle qu'on ne dit à personne : qu'est-ce que je fais mal ? Il existe une réponse, et elle tient dans une courbe que la plupart des parents découvrent longtemps après en avoir eu besoin.

Il y a un pic, et il tombe vers six semaines

Le programme des 1000 premiers jours, porté par les pouvoirs publics, le formule sans détour : « C'est autour de l'âge de 6 semaines que les bébés pleurent le plus. » Un bébé en bonne santé peut pleurer deux à trois heures par jour — le même repère figure sur ameli.fr — et « les pleurs diminuent ensuite avec le temps ».

La Société française de pédiatrie décrit la même trajectoire par ses deux bouts : ces pleurs répétés ou prolongés « peuvent apparaître vers 2 à 3 semaines de vie et disparaître avant 5 mois ». Ils commencent, ils s'installent, ils disparaissent. Et cette disparition n'attend pas qu'on ait trouvé la bonne technique.

Combien de bébés sont concernés ? La fourchette publiée par la Société française de pédiatrie va de 10 à 45 % des nourrissons en bonne santé — précisément, ceux qui pleurent « de manière répétée et/ou prolongée sans troubles de la croissance, sans fièvre et sans cause apparente ». Un écart pareil dit surtout une chose : la frontière entre « il pleure beaucoup » et « il pleure trop » n'est pas une ligne nette, et personne ne dispose de l'instrument qui trancherait.

  • Vers 2 à 3 semaines : les pleurs commencent souvent à s'intensifier.
  • Autour de 6 semaines : c'est en général le moment où ils sont les plus nombreux.
  • Avant 5 mois : ils ont le plus souvent disparu.
  • En fin de journée : c'est le créneau où ils surviennent le plus — « mais parfois sont incessants ».

« Coliques » : un mot qui nomme plus qu'il n'explique

Ces soirées ont un nom de famille — les coliques du nourrisson — et ce nom a fini par ressembler à un diagnostic. Il l'est beaucoup moins qu'il n'en a l'air. La Société française de pédiatrie prévient : « L'origine digestive est souvent mise en avant, mais de nombreuses causes sont intriquées. » Elle ajoute que ces pleurs « expriment plus un inconfort qu'une véritable douleur », et que leur fréquence « n'est pas modifiée par le type d'alimentation » — allaitement ou lait infantile, la fréquence des pleurs est la même.

C'est une information plus utile qu'elle n'en a l'air, parce qu'elle désamorce la chasse au coupable qui s'installe presque toujours vers la troisième semaine : le lait, ce qu'on a mangé, la façon de donner le biberon, le fait d'avoir repris le travail. La même brochure l'écrit en toutes lettres : « Vous n'êtes ni responsable ni coupable de ces pleurs. »

Cela ne dispense pas de regarder l'enfant. La Société française de pédiatrie précise qu'« une évaluation médicale est nécessaire pour identifier les moins de 5 % d'enfants présentant une véritable maladie ». Les pleurs se racontent au médecin, au pédiatre ou à la sage-femme : c'est le passage utile.

Il y a des soirs où consoler n'est pas possible. Ce n'est pas la même chose que ne pas savoir consoler.

Le document que la moitié des mères disent n'avoir jamais reçu

Il existe un document officiel pour ces soirs-là. Il s'appelle le plan de gestion des pleurs, la Haute Autorité de santé en recommande la remise aux parents, et il tient en trois messages : les pleurs du nourrisson sont normaux, fréquents et transitoires ; il est sûr de poser le bébé, toujours sur le dos, dans son lit, et de s'accorder une pause ; en cas de détresse, il faut demander de l'aide à un proche ou à un professionnel.

La conduite à tenir, telle que la publie le ministère chargé des Solidarités, tient en cinq gestes — l'Assurance Maladie donne les deux premiers dans les mêmes termes.

  • Coucher le bébé en sécurité sur le dos, dans son lit.
  • Quitter la pièce quelques minutes.
  • Respirer, se concentrer sur autre chose.
  • Appeler un proche, si c'est possible.
  • Demander de l'aide.

Il vaut la peine de dire ce que ce n'est pas. Ce n'est pas une méthode d'endormissement, ce n'est pas « laisser pleurer » pour apprendre quoi que ce soit à un bébé de six semaines, et cela ne remplace aucun câlin : on console autant qu'on veut, aussi longtemps qu'on veut. C'est un dispositif de sécurité pour l'adulte, activé à un moment précis — celui où l'on sent que ça monte.

Reste un problème : l'information ne circule pas. Une étude menée par l'Université Paris Cité, l'Inserm, l'AP-HP, Santé publique France et le CHU de Nantes, à partir d'une enquête conduite en mars 2021 auprès de plus de 7 000 mères et publiée en 2025 dans la revue Child Abuse & Neglect, a mesuré que 50,1 % d'entre elles déclaraient ne pas avoir reçu de plan de gestion des pleurs. Une sur deux.

Pourquoi ça se dit à voix haute — et pas seulement à la mère

Le sujet derrière ce plan porte un nom que personne n'a envie de croiser dans un article sur les pleurs : le syndrome du bébé secoué. Il mérite pourtant d'être posé calmement, parce que c'est exactement ce que les campagnes publiques cherchent à faire.

Les repères, tels qu'ils sont publiés : plusieurs centaines d'enfants en sont victimes chaque année en France ; d'après le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France (2019), un bébé secoué sur dix en meurt et les trois quarts gardent des séquelles graves à long terme. La Haute Autorité de santé situe les victimes le plus souvent entre deux et quatre mois, et relève qu'un bébé secoué l'a été, en moyenne, une dizaine de fois. Si ces repères circulent, c'est justement parce que le moment est identifiable : l'épuisement, devant des pleurs qui ne s'arrêtent pas. C'est ce qui les rend évitables.

L'Assurance Maladie décrit un contexte plutôt que des monstres : « Ce drame arrive en général lorsque la personne qui s'occupe de l'enfant est exaspérée par ses pleurs », dans un « état de stress intense, d'épuisement ». Elle donne aussi une répartition que peu de gens connaissent : les auteurs sont avant tout les pères, ainsi que les assistantes maternelles, les mères ne représentant que 10 % des auteurs.

Ce chiffre n'est pas là pour désigner un suspect. L'Assurance Maladie, elle, décrit une situation plutôt qu'un profil : un adulte à bout, seul avec un bébé qui ne s'arrête pas. Cela peut arriver à n'importe qui du foyer, comme à la personne qui garde l'enfant. Or le plan de gestion des pleurs, quand il est remis, l'est en maternité — à la mère. Le second parent, la grand-mère du mercredi, l'assistante maternelle ne sont pas dans la chambre ce jour-là. Il n'y a rien d'excessif à leur dire la phrase soi-même : si tu es à bout, tu le poses sur le dos dans son lit et tu sors quelques minutes.

Et quand ce ne sont pas « juste » des pleurs

Un bébé qui pleure beaucoup reste un bébé qui peut, par ailleurs, être malade. La Société française de pédiatrie donne un repère rassurant — lorsque la courbe de croissance en taille et en poids, régulièrement suivie, est normale, une maladie responsable des pleurs est très peu probable — tout en rappelant que « dans tous les cas, une évaluation médicale est nécessaire ».

Il faut dire d'où vient la liste qui suit : l'Assurance Maladie la publie à propos du syndrome du bébé secoué. Ce sont les signes qui font appeler le 15 sans attendre — et ils valent d'être connus dans les deux sens, parce qu'un bébé peut aussi les présenter au retour d'une journée passée chez quelqu'un d'autre.

  • une somnolence inhabituelle, des troubles de la conscience ;
  • une rigidité, ou au contraire une perte de tonus, des convulsions ;
  • des difficultés respiratoires ;
  • une diminution de l'appétit, un refus de manger, des vomissements sans raison apparente ;
  • une perte des sourires ou du babillage habituels, un moins bon contact, une extrême irritabilité.

Ces signes ne sont pas spécifiques : un bébé malade peut présenter les mêmes. C'est une raison de plus d'appeler plutôt que de chercher l'explication soi-même.

Et un repère plus simple, que les listes ne peuvent pas contenir : des pleurs qui ne ressemblent pas aux siens, un bébé qui n'est pas comme d'habitude, une inquiétude qui ne redescend pas — cela suffit pour appeler. Personne n'a jamais été jugé pour un appel de trop.

Portrait illustré de Sarah Vidal

L'auteur

Sarah Vidal

Écrit avec soin pour Ma Parentalité, le média de la parentalité d'aujourd'hui — sans injonction, à votre rythme.

À lire aussi

Tout voir
La newsletter du dimanche

Un café, un mail, et un peu plus de sérénité

Chaque dimanche matin, une lecture choisie, un conseil d'expert et une respiration. Rien de plus.

Pas de spam, promis — on a nous-mêmes trop d'onglets ouverts.