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Les grands-parents : une place à part, qui ne se décrète pas

Un enfant qui rentre de chez Mamie repu de gâteaux, couché deux heures trop tard, et déjà prêt à négocier : « mais chez elle, j'ai le droit. » La place des grands-parents est l'une des relations les moins discutées de la vie de famille — et l'une des plus chargées. Ce qu'en disent la recherche et, pour une fois, la loi, est plutôt apaisant : pourquoi un grand-parent n'a pas à éduquer comme vous pour bien faire, et ce que dit vraiment le Code civil quand le lien se tend.

Portrait illustré de Léa Marchand

Léa Marchand

20 juillet 2026 6 min de lecture

Grand-père souriant portant sa petite-fille dans ses bras en extérieur, lumière douce et naturelle

Le dimanche soir, la voiture repart de chez les grands-parents avec, à l'arrière, un enfant repu de gâteaux, couché deux heures trop tard, et déjà prêt à négocier : « Mais chez Mamie, j'ai le droit. » On sourit, un peu crispé. On a confié ce qu'on a de plus précieux, on est sincèrement reconnaissant — et pourtant quelque chose gratte, entre la gratitude et la légère impression d'avoir perdu la main.

La place des grands-parents est l'une des relations les moins discutées de la vie de famille, et l'une des plus chargées : de l'amour, de l'histoire, et une poignée de petites tensions qu'on ose rarement nommer. Bonne nouvelle : ce qu'en disent la recherche et, pour une fois, la loi, est plutôt apaisant. À condition de renoncer à une idée — celle qu'il faudrait que tout le monde éduque exactement pareil.

Un lien qui ne remplace rien — et c'est là sa force

Longtemps, on a cru qu'un tout-petit s'attachait à une seule personne, à l'exclusion des autres. La recherche sur l'attachement a nuancé ce tableau : un enfant tisse en réalité plusieurs liens, hiérarchisés — un parent en premier, souvent, mais aussi l'autre parent, une nounou, une grande sœur… et, quand ils sont présents, ses grands-parents. Ces figures ne se concurrencent pas : elles s'additionnent. Chacune est une porte de plus vers laquelle l'enfant peut se tourner quand il a besoin d'être rassuré.

Les pouvoirs publics ne disent pas autre chose. Le programme national des 1000 premiers jours rappelle que tout l'entourage d'un jeune enfant — et il cite nommément les grands-parents — soutient les parents, et que ce soutien profite au bébé. Un grand-parent n'a donc pas à « faire comme » un parent pour compter. Sa valeur est ailleurs : dans le temps qu'il a, dans les histoires qu'il transmet, dans ce léger décalage de génération qui fait de sa maison un autre monde.

Ce n'est pas la quantité de cadeaux, c'est le style de lien

Reste une question qui travaille beaucoup de parents : un enfant très proche de ses grands-parents s'en trouve-t-il mieux ? Les travaux qui font la synthèse de la recherche vont dans un sens plutôt encourageant — mais avec une précision qui compte. Ce qui est associé à un meilleur équilibre émotionnel de l'enfant, ce n'est pas l'intensité du lien, c'est sa chaleur. Une relation tendre et disponible va de pair avec moins d'anxiété ; une relation marquée par la surprotection ou l'ingérence, plutôt avec l'inverse.

Il s'agit d'associations, pas d'une mécanique garantie : on ne peut pas dire qu'un grand-parent « rende » un enfant plus heureux. Mais le message est utile à garder en tête. Le grand-parent qui gâte à outrance n'est pas forcément celui qui aide le plus ; celui qui écoute, raconte et se rend disponible, souvent, oui. De quoi relativiser la petite compétition du dimanche autour du paquet de bonbons.

« Chez Mamie, c'est pas pareil » : vivre à deux maisons de règles

C'est le point de friction le plus courant. Coucher plus tard, écrans un peu plus longs, sucreries plus généreuses : chez les grands-parents, les repères glissent. Faut-il s'en alarmer ? Rarement. Un enfant compose très tôt avec des règles différentes selon les lieux — ce qui passe à la maison ne passe pas à la cantine, et inversement. Sa boussole n'est pas l'uniformité, c'est la prévisibilité : savoir que, chez Mamie, ce sont les règles de Mamie qui s'appliquent, est en soi un repère stable.

Aucune donnée sérieuse ne dit que les grands-parents seraient « trop » ceci ou pas assez cela — c'est affaire de familles, pas de statistiques. Ce qui aide, en revanche, tient moins de la règle que de la posture :

  • Distinguer les quelques lignes non négociables — la sécurité avant tout (siège auto, médicaments, baignade), et ce qui touche à la santé — du reste, sur lequel on peut lâcher sans dommage.
  • Dire ces lignes clairement et à l'avance, plutôt que de les reprocher après coup : un grand-parent informé se vexe moins qu'un grand-parent corrigé.
  • Accepter que « chez eux » ne soit pas « chez vous » : le bonbon d'exception et l'heure du coucher un peu souple font partie du charme — et de la fonction — des grands-parents.
  • Régler les désaccords entre adultes, à l'écart, sans prendre l'enfant à témoin ni le mettre en position d'arbitre.
  • Se souvenir que le lien entre un grand-parent et l'enfant leur appartient : il n'a pas à être une copie du vôtre pour être bon.
Un grand-parent n'a pas à éduquer comme vous pour bien faire. Il a surtout à aimer, à sa manière — et à respecter les rares limites qui comptent vraiment.

Quand le lien se tend : ce que dit (et ne dit pas) la loi

Parfois, la tension va plus loin qu'un désaccord sur les bonbons : une brouille, une séparation, un conflit qui éloigne l'enfant de ses grands-parents. Là, beaucoup ignorent ce que prévoit le droit français — et c'est souvent l'inverse de ce qu'on imagine. La loi ne parle pas d'un « droit de visite des grands-parents ». Elle consacre un droit de l'enfant : l'article 371-4 du Code civil dispose que « l'enfant a le droit d'entretenir des relations personnelles avec ses ascendants », et que « seul l'intérêt de l'enfant peut faire obstacle à l'exercice de ce droit ».

Concrètement, ce sont les parents qui organisent ces relations au quotidien. En cas de blocage, un grand-parent peut saisir le juge aux affaires familiales, qui tranche au seul regard de l'intérêt de l'enfant. Et un détail rassure souvent : une simple mésentente familiale ne suffit pas, à elle seule, à couper le lien. Pour écarter la relation, il faut un motif sérieux, apprécié au cas par cas : c'est le juge qui dit si la maintenir nuirait réellement à l'enfant. Les modalités éventuelles — fréquence, lieu — se décident de la même façon ; il n'existe pas de barème automatique.

Portrait illustré de Léa Marchand

L'auteur

Léa Marchand

Écrit avec soin pour Ma Parentalité, le média de la parentalité d'aujourd'hui — sans injonction, à votre rythme.

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